Le plomb dans le bâti : un diagnostic à moitié aveugle ?
Date de publication : 05/11/2025Dans notre métier, nous réalisons chaque jour des CREP – Constats des Risques
d’Exposition
au Plomb, obligatoires lors de la vente ou de la location de biens construits avant janvier 1949.
Cette date fait référence au décret du 30 décembre 1948, interdisant l’emploi de céruse et de composés de plomb dans les peintures du bâtiment.
Mais la question mérite d’être posée :
- Le seuil de 1949 est-il encore pertinent ?
- Le CREP, dans sa forme actuelle, permet-il réellement d’évaluer le risque d’exposition au plomb ?
Un cadre réglementaire daté
Le décret de 1948 visait principalement les peintres professionnels, sans certitude sur son application aux travaux domestiques.
Résultat : le plomb a continué d’être utilisé bien après 1949, notamment dans les parties communes de copropriétés et dans des rénovations postérieures.
À l’inverse, pour le repérage plomb avant travaux, la référence utilisée est l’arrêté du 1er février 1993, interdisant la mise sur le marché de peintures contenant des pigments de plomb.
C’est donc après 1993 que la présence de plomb dans les peintures devient réellement improbable.
Un risque sanitaire toujours d’actualité
Entre 1949 et 1993, d’innombrables bâtiments ont été repeints avec des produits contenant du plomb.
Aujourd’hui encore, lors de travaux réalisés par des particuliers – ponçage, grattage, perçage –, ces surfaces peuvent libérer des poussières de métaux lourds, facilement inhalées ou ingérées.
Les effets sur la santé sont bien connus :
- Troubles digestifs et anémie,
- Atteintes neurologiques irréversibles, en particulier chez les enfants.
Et ce n’est pas tout : les déchets issus de ces travaux, souvent déposés hors filières spécialisées, contaminent la chaîne de recyclage et exposent d’autres travailleurs au risque.
Un diagnostic à repenser
Limiter le CREP aux biens d’avant 1949 revient à ignorer plus de 40 ans de pratiques réelles.
Cette limite, purement réglementaire, ne reflète plus la réalité du terrain ni la continuité d’exposition au risque.
Étendre le périmètre du CREP aux bâtiments antérieurs à 1993, comme c’est le cas pour le repérage avant travaux, permettrait :
- De mieux cibler les situations à risque,
- D’informer les occupants et les propriétaires,
- Et de prévenir efficacement l’exposition au plomb.
En conclusion
Le plomb n’a pas disparu en 1949, loin de là.
Mais notre réglementation, elle, s’arrête à cette date.
Entre la loi et la réalité du terrain, il existe une zone grise où se loge une partie du risque.
Et c’est précisément dans cette zone que notre rôle de diagnostiqueur prend tout son sens.
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